Nos Cyberathlètes : Louis-Philippe « PainDeViande » Geoffrion

« Nos cyberathlètes » est une série d’entrevues/portraits présentant les professionnels de jeux vidéo compétitifs au Québec. Célébrons leurs succès! Suivons-les et encourageons-les!

Par JEAN-MICHEL LÉPINE, collaborateur    

PainDeViande.

Avez-vous déjà entendu ce nom (outre que dans un contexte culinaire)?

Si vous êtes familier avec la scène compétitive de Smite, vous le connaîtrez sans doute.

Faisant partie de l’élite depuis les débuts compétitifs du jeu en 2013, Louis-Philippe « PainDeViande » Geoffrion s’est bâti une réputation particulière à travers son parcours de gamer professionnel. En tant que joueur, il est reconnu pour posséder un instinct indéniable pour repérer le talent, gérer une équipe et l’entraîner.

Leader de nature, il a pris ce rôle depuis sa toute première équipe et l’a utilisé à maintes reprises pour bâtir, au fil des années, plusieurs équipes, souvent composées de joueurs peu connus du public, qu’il mènera vers le succès.

Bâtir une équipe à partir de rien et terminer invaincue pendant une saison relève de l’exploit. Le faire une seconde fois et devenir vice-champions du monde, toujours en mettant sur pied une nouvelle formation; cela nous force à reconnaître les qualités de leader que possède Louis-Philippe.

Avec ses multiples bons placements depuis ses débuts en tant que joueur, il peut se vanter de faire partie du top 5 des Québécois à avoir remporté le plus d’argent provenant de prize pool jusqu’à maintenant.’

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Vice-champions du monde

Ayant fait ses débuts sur League of Legends, Louis-Philippe se fait offrir une clé pour la beta de Smite. Il oscille initialement entre les deux jeux, mais finit par se concentrer sur ce dernier en raison de son style plus orienté vers l’action.

Lorsque le jeu introduit un système de classement, il remarque qu’il se trouve déjà dans le top 100 des meilleurs joueurs au monde.

« J’ai eu un bon classement dès le début sans nécessairement consacrer trop d’efforts », explique Louis-Philippe. « Ça m’a permis de me mesurer à des joueurs du top 20 dans des petits tournois et je me disais que, clairement, ces adversaires étaient prenables. Je me suis donc fait moi-même ma première équipe et je me suis inséré dans ce club “select” en ayant de bons placements lors de ces petits tournois. J’ai ensuite tranquillement amélioré ma formation avec des joueurs provenant d’autres équipes et nous avons fini par nous rendre top 3 au monde. »

Cette péripétie le mène au tout premier championnat du monde de Smite où son équipe, Denial, se place au dernier rang. Le tout lui permet quand même de se faire un nom dans la scène.

Au début 2015, Louis-Philippe doit se refaire une équipe en raison de conflits entre les membres de Denial. C’est la naissance de Legion of Carrots, qui deviendra ensuite Enemy.

En moins de 2 mois, Louis-Philippe et son équipe, Enemy, ont remporté 285 000 $ en prize pool grâce à deux deuxième places, une au championnat nord-américain ainsi qu’une autre au championnat du monde. (Image via SMITE eSports)

Malgré des changements majeurs constants dans la formation tout au cours de l’année, l’équipe commence en milieu de peloton, mais se taille rapidement une place dans l’élite. Lors du championnat nord-américain, Enemy remporte les 55 000 $ que leur procure la deuxième place et se qualifie pour les mondiaux.

Louis-Philippe prend l’opportunité et mène son équipe vers le montant des 230 000 $ que représentait une deuxième place à l’édition 2016 du Smite World Championship : « Nous étions très bien préparés. J’avais bien lu nos adversaires et nous avions confectionné des stratégies adéquates en conséquence », dit-il. « Pour nos concurrents, ça aura été l’inverse. Ils n’étaient vraiment pas prêts pour notre plan et cela nous aura permis de dicter l’allure des matchs. »

Il décrit l’expérience comme étant incomparable : « Si tu te rends aux mondiaux, ça te permet d’avoir une notoriété dans la scène. Après ce tournoi, tout le monde qui connaissait la scène esport de Smite me connaissait. Ils connaissaient mon histoire et ce que j’avais accompli. C’était fou! »

Le général

Pour tout ce que ça représente, les mondiaux ne constituent pas ce que Louis-Philippe considère être son plus grand accomplissement.

« D’un point de vue financier, ce l’est certainement », concède-t-il, mais ce qui le rend le plus fier de sa carrière de Smite est survenu après les mondiaux.

Parce que l’équipe avait encore perdu trois joueurs pour des raisons différentes, Louis-Philippe a dû, une fois de plus, rebâtir sa formation. Le problème? Aucun talent déjà établi n’était disponible. Il décide donc d’aller chercher trois recrues inconnues du grand public en prévision de la nouvelle saison.

Acharnement, dévouement et stratégie font suite. L’équipe termine au premier rang de la ligue : « Ça aura été la concrétisation de mes capacités à former des joueurs et à mener une équipe. On battait des organisations établies depuis bien longtemps composées de super bons joueurs. Ce n’aura pas été chose facile, mais le tout en aura valu le coût », dit-il.

Dans le jeu, comme dans la vie, Louis-Philippe est un général. Il assemble ses troupes, les entraîne et les guide vers la victoire.

« Je crois être un bon leader, mais parfois sadique », explique Louis-Philippe en riant. « J’aime contrôler tout ce qui se passe. Ma stratégie implique que chaque joueur possède un rôle spécifique. Tout le monde sait à tout moment ce qu’ils doivent faire. C’est vraiment efficace, parce qu’au lieu d’avoir un groupe de joueurs déconnectés, tu te retrouves avec une unité en synchronisation. »

« Puisque je prends les choses en mains à 100 %, je sais que s’il y a un problème, ça vient de moi », poursuit PainDeViande. « C’est certain que si un de mes coéquipiers à une personnalité forte, ça rend les choses difficiles. C’est pourquoi j’assemble souvent mes équipes avec des joueurs moins connus. Les compétiteurs plus établis ont souvent tendance à avoir de plus gros égos et c’est souvent là que les problèmes surviennent. »

Un jour à la fois

Pour la prochaine année, la ligue professionnelle de Smite suivra League of Legends et Overwatch en se dirigeant vers un système de franchises.

Louis-Phillipe ne sait donc pas ce qui l’attend en ce qui a trait au circuit 2018 et, comme le reste des joueurs professionnels de Smite présentement, il ne peut qu’attendre que la compagnie mère du jeu, Hi-Rez Studios, publie l’information concernant la saison prochaine.

Lors de la saison précédente, PainDeViande s’est qualifié une fois de plus dans la grande ligue avec une nouvelle équipe qu’il a bâtie lui-même. Chapeauté par Team Vigiliant, une organisation mise sur pied récemment, Louis-Philippe n’est pas très optimiste en ce qui concerne les chances de son équipe de se faire accepter dans le système de franchise. Il s’attend plutôt à ce que Hi-Rez Studios choisisse des organisations plus établies. Si tel est le cas, il devra donc espérer qu’une des équipes choisies lui offrira un contrat.

« J’ai acquis beaucoup d’aptitude en jouant à ce jeu. J’ai appris à former des gens et être un bon leader. Prendre des décisions dans une fenêtre de 5 secondes qui impactent le reste d’une partie est aussi une aptitude que je n’avais pas à priori […] »

Malgré tout, il reste tranquille avec l’idée de ne pas faire partie de la ligue : « Ça fait bientôt 5 ans que je fais ça, donc le futur de la scène de Smite pour moi est plus ou moins pertinent », explique-t-il. « Je suis rendu à un point dans ma vie où j’ai compris qu’être joueur professionnel ne sera pas ma carrière à long terme. J’ai eu ce que j’avais à en tirer. »

Étudiant à l’UQAM au baccalauréat en informatique et génie logiciel, ses études auront été payées par ses gains dans les compétitions au fil des années : « Smite a payé tellement de ma vie, tu n’as pas idée. J’ai fait de beaux placements avec les gains et même après ça, j’ai un bon compte en banque. La compétition a payé tout : mes études, mon auto, ma nourriture, etc. »

Louis-Philippe poursuit : « J’ai acquis beaucoup d’aptitude en jouant à ce jeu. J’ai appris à former des gens et être un bon leader. Prendre des décisions dans une fenêtre de 5 secondes qui impactent le reste d’une partie est aussi une aptitude que je n’avais pas à priori. Maintenant, ça m’importe peu comment la scène évolue. Je le prends comme mon travail en attendant de finir mes études. Ça exige beaucoup d’efforts de bâtir une équipe avec des joueurs qui souvent manquent de maturité en raison de leur âge. Si ça continue, tant mieux, mais sinon, on le prend comme ça vient. »

 

Avant de terminer, abordons la question la plus importante de l’entrevue : pourquoi avoir choisi le pseudonyme PainDeViande? « C’est plutôt simple », répond-il en riant. « Quand mon ami m’a invité pour la beta, je voulais seulement le faire rire avec un nom bizarre. Ensuite, j’étais trop paresseux pour faire un changement de pseudonyme et le nom est resté. »

Bref, Louis-Philippe attend de voir comment les choses se dérouleront pour la saison suivante puisqu’il n’a pas de place assurée dans la ligue. Possédant une bonne notoriété dans la scène, il est possible que ses chances soient bonnes d’en faire partie, mais seul l’avenir le dira.

Bon succès pour la suite, Louis-Philippe.

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#03 – Louis-Philippe « PainDeViande » Geoffrion

#02 – Tristan « Cake » Côté-Lalumière

#01 – Jérôme « KzN » Tanguay


Remerciements spéciales à  Jean-Simon Bonneterre pour m’avoir fourni le cue pour PainDeViande, Anthony Godbout pour le visuel de l’image mise en avant et Jean-Benoit Chasles pour l’aide à la rédaction.