Nos Cyberathlètes : Catherine « CAth » Leroux

« Nos cyberathlètes » est une série d’entrevues/portraits présentant les professionnels de jeux vidéo compétitifs au Québec. Célébrons leurs succès! Suivons-les et encourageons-les!

Par JEAN-MICHEL LÉPINE, collaborateur     

Il peut sembler bête de dire que la caractéristique première d’une personne qui aime la compétition soit la compétitivité.

Mais aucun qualificatif ne peut être plus adéquat pour décrire Catherine « CAth » Leroux; c’est une compétitrice.

C’est cette caractéristique qui explique ses 15 ans d’expérience sur Counter-Strike. C’est aussi ce qui l’avait fait quitter le Québec en 2016 pour séjourner à Los Angeles afin de se consacrer entièrement à la compétition. Et c’est ce qui fait que, même après tout ce temps, elle soit toujours habitée d’un appétit démesuré pour la victoire.

En 2015, elle et son équipe, Counter Logic Gaming Red, devenaient championnes du monde en remportant la Electronic Sports World Cup à Montréal, devant parents et amis. Un exploit qu’elle espère répéter l’année prochaine dans une compétition semblable.

Après avoir fait ses débuts professionnels aux côtés de Stéphanie « MissHarvey » sur Counter-Strike 1.6, CAth retrouve maintenant sa coéquipière de longue date en vue d’atteindre de nouveaux sommets. Elles se sont récemment taillé une place pour les qualifications nord-américaines des World Electronic Sports Games (WESG) de 2018. Leur objectif? C’est évident : rien de moins que répéter leur exploit de 2015.

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L’or de la victoire

En 2001, du haut de ses 11 ans, Catherine fait ses premiers contacts avec Counter-Strike en jetant un œil par-dessus les épaules de sa sœur qui y joue. Le coup de foudre ne se fait pas attendre; le côté compétitif du jeu l’accroche directement.

7 ans plus tard, elle entre dans le circuit professionnel et se fait recruter par Evil Geniuses, une organisation avec laquelle elle compétitionnera dans son tout premier LAN à l’international.

L’année suivante, c’est au tour de SK Gaming d’approcher Catherine et son équipe. S’en suivent plus de tournois et de voyages. Elle se rend même en Afrique du Sud pour faire la promotion d’une compagnie internet locale.

En 2014, elle retrouve ses partenaires du temps de SK Gaming en MissHarvey et Christine « potter » Chi et se joint à UBINITED. Les victoires ne se font pas attendre : « Ça a cliqué en moins de deux », affirme Catherine. « On avait beaucoup de synergie. Stéphanie et moi nous connaissions depuis longtemps. Au début de ma carrière, c’est elle qui m’a introduit au jeu d’équipe, montré les stratégies et expliqué le jargon. Le reste s’est fait tout aussi naturellement avec les autres filles. »

L’année suivante, Montréal accueille la Electronic Sports World Cup, laquelle sera le moment le plus marquant de la carrière de CAth.

Après avoir remporté la Electronic Sports World Cup devant ses fans en 2015, CAth espère répéter l’exploit l’année prochaine au World Electronic Sports Games. (Image via HLTV.org)

« Nous avions vraiment faim pour la coupe », se rappelle Catherine qui représentait Counter Logic Gaming à l’époque. « C’était important pour moi d’aller chercher cette victoire devant mes parents et amis et c’est ce qu’on a fait! Rien ne me rend plus fière dans ma carrière de Counter-Strike. En plus, personnellement, j’avais plutôt bien performé. » — Commentaire plutôt humble considérant qu’elle se fera attribuer le trophée de la joueuse la plus utile à son équipe en conclusion du tournoi.

D’un ton amusé, elle poursuit sur une anecdote cocasse : « En préparation de la coupe du monde, nous avions fait un camp d’entraînement dans mon appartement. (Rire). Les 5 joueuses étaient présentes, ainsi que l’entraîneur et le manager. Bref, une belle petite gang dans mon appartement! C’était vraiment le fun! »

Mal de vivre

L’équipe va bien côté résultats, mais tout n’est pas nécessairement rose.

Au début 2016, CAth déménage en maison d’équipe en direction de la Californie avec les autres joueuses. La cohabitation se déroule à merveille. Les filles s’entendent bien. Le seul problème : elles ne sont pas toutes sur la même longueur d’onde en ce qui concerne leurs objectifs.

« Quand j’ai pris la décision d’aller en Californie, c’était pour me consacrer à 100 % sur la compétition. Je prenais ça vraiment au sérieux et je voulais qu’on soit les meilleures », explique Catherine. « Certaines filles partageaient un peu moins cette prise de vue et nous décommandions beaucoup d’entraînements parce que telle ou telle personne préférait faire autre chose. Force est d’admettre qu’en fin de compte, ma motivation en a pris un coup. »

Elle affirme tout de même que cet aspect n’était que secondaire dans sa décision de revenir dans la province en fin d’année 2016 : « Ma vie est au Québec », dit-elle. « Mon copain et ma famille sont ici. En plus, ma liberté n’était pas complète en ce sens que je n’avais ni auto ni cellulaire. J’avais l’impression d’être enfermée dans un autre univers et c’est ce qui m’a fait décider de rentrer à Montréal. »

L’histoire pourrait se terminer ici, elle qui avoue avoir sacrifié beaucoup pour sa carrière de joueuse professionnelle. Les entraînements, le voyagement et les tournois deviennent exigeants à la longue. Toutefois, ce n’est pas le cas. Une fois de plus, l’appétit de Catherine pour la compétition prend le dessus.

Le retour au bercail

En février dernier, après un bref passage dans une organisation appellée Selfless, CAth se joint à Dignitas.

Universitaire à temps partiel, elle est charmée par le fait que les pratiques se font en ligne, lui permettant ainsi de mettre du temps sur ses études et d’éviter le mal de vivre qu’elle a eu en Californie.

Ne vous méprenez pas, ce n’est pas parce que les entraînements s’effectuent dans le confort de son salon que sa carrière n’exige pas d’efforts et de temps. En 2017, la compétition lui donnera la chance de voyager partout dans le monde : Los Angeles, New York, Pologne, Danemark, Chine et Philadelphie deux fois.

« Tout était incroyable dans Dignitas », dit la joueuse. « Puisque l’organisation s’est affiliée avec les 76ers de Philadelphie, nous avons rencontré toute leur équipe médicale et ce fût vraiment enrichissant. Nous avons remarqué qu’il y a vraiment beaucoup de ressemblances entre le sport électronique et le basketball, surtout en ce qui concerne la motivation, la communication et les problèmes interpersonnels. »

En septembre, elle et son équipe remportent le GIRLGAMER Esports Festival en Chine, mais des difficultés au niveau de la motivation poussent Catherine à se remettre en question sur sa carrière. Son organisation préfère ne pas courir de risque et décide de la remplacer.

Nous avons remarqué qu’il y a vraiment beaucoup de ressemblances entre le sport électronique et le basketball, surtout en ce qui concerne la motivation, la communication et les problèmes interpersonnels.

Pas de panique ; rien n’est terminé pour CAth. À l’heure actuelle, elle retrouve une fois de plus MissHarvey dans une équipe spécialement mise sur pied en prévision d’une compétition par pays, les World Electronic Sports Games (WESG). Cela va de soi, les filles n’ont rien de moins comme objectif que de remporter les grands honneurs : « Nous n’avons pas encore beaucoup pratiqué ensemble, mais j’ai extrêmement confiance en notre capacité de gagner ce tournoi. La synergie est incroyable et nous sommes 5 excellentes joueuses. Un all-star lineup! (Rire). Je n’avais encore jamais joué avec Stéphanie au rôle d’in-game leader et elle m’étonne beaucoup. »

 

Catherine a beaucoup appris de sa carrière de joueuse. La leçon qu’elle considère être la plus importante sera d’avoir compris comment mieux travailler avec les autres : « J’ai toujours eu confiance en mes capacités », explique Catherine. « C’est pourquoi j’avais parfois des difficultés à écouter le point de vue des autres. J’ai appris qu’il vaut souvent la peine de mettre de l’eau dans son vin. Même si tu crois avoir raison, c’est souvent bien mieux d’essayer la solution de l’autre. »

C’est certain qu’il y aura des hauts et des bas. Dans n’importe quoi où tu es marginale comme personne, c’est plus difficile de monter. Ignorez le négatif et concentrez-vous sur vos objectifs. L’important, c’est d’être heureux dans ce que vous faites. Si vous êtes passionnés, c’est tout ce qui compte.

En plus de son équipe pour les WESG, elle s’est aussi jointe à une nouvelle équipe féminine nommée Team X avec laquelle elle dit ne pas être encore prête à arrêter la compétition, malgré le fait qu’elle se considère vieille pour une joueuse professionnelle.

Team X recherche présentement une organisation qui pourrait les prendre sous leurs ailes. Le tout se déroule bien jusqu’à présent puisqu’elles sont en négociation avec l’une d’entre elles.

Terminons sur un conseil qu’elle souhaitait partager pour toutes femmes désirant intégrer cet univers toujours majoritairement masculin : « C’est certain qu’il y aura des hauts et des bas. Dans n’importe quoi où tu es marginale comme personne, c’est plus difficile de monter. Ignorez le négatif et concentrez-vous sur vos objectifs. L’important, c’est d’être heureux dans ce que vous faites. Si vous êtes passionnés, c’est tout ce qui compte. »

Les qualifications nord-américaines des WESG auront lieu du 1er au 5 février prochain à Los Angeles. Ne manquez pas de suivre la compétition!

Bon succès, Catherine! Va chercher cette coupe, les amateurs québécois de sports électroniques sont derrière toi.

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#01 – Jérôme « KzN » Tanguay


Remerciements spéciales à Anthony Godbout pour le visuel de l’image mise en avant et Jean-Benoit Chasles pour l’aide à la rédaction.