Consultation publique

Avant-propos

La pandémie de la COVID-19 a pris de court l’ensemble de la société. Malgré la nature numérique du sport électronique, cette nouvelle réalité a aussi durement touché la scène québécoise des compétitions de jeux vidéo. Le secteur étudiant est incertain à cause des changements constants en lien avec les programmes parascolaires des écoles secondaires et des Cégeps. Tandis que la scène publique a perdu ses vecteurs annuels de stimulations avec l’annulation des événements à travers la province.

Comme toutes les autres organisations dans le domaine des sports et des loisirs, il est maintenant temps de prendre un moment pour réfléchir à l’avenir de la Fédération québécoise de sports électroniques (FQSE), ainsi qu’au milieu du sport électronique au Québec.

[TL;DR Lien vers le sondage ici : https://forms.gle/i4Z9iboqHajcYM9o9 ]


Histoire 

Pour bien comprendre où nous en sommes, il est important de comprendre le passé.

La FQSE est une organisation à but non lucratif (OBNL) qui a été fondée en 2016 par un groupe de vétérans actifs depuis près d’une vingtaine d’années dans diverses facettes du sport électronique québécois. Les défis initiaux de la FQSE étaient de taille, car aucun regroupement dans le monde n’employait le modèle que la fédération voulait mettre en place. À savoir, un modèle vertical qui engloberait les débutant-e-s jusqu’aux professionnel-le-s, où l’accent serait mis sur l’encadrement des jeunes plutôt que de mettre l’accent sur la scène professionnelle. 

Depuis ses débuts, la fédération a connu certains échecs, mais aussi quelques belles réussites, notamment la lettre de la Régie des Alcools des Courses et des Jeux (RACJ)** qui aida grandement dans le dossier de l’exclusion du Québec** des tournois internationaux. Puis, il y a la mise en place du Programme Cyber Espoirs**, qui donna lieu à la Ligue Cyber Espoirs (LCE) et maintenant la Ligue collégiale de sport électronique (LCSE)**. Cette dernière ligue notre projet le plus actif, sa pérennité est assurée grâce à un partenariat avec la Fédération des Cégeps et la ligue ne cesse de grandir chaque saison.

Problème de ressources et de financement

Les succès de la FQSE reposent sur le dévouement total de quelques bénévoles se donnant corps et âmes à la cause, allant jusqu’à travailler plus de 70 heures par semaine et déboursant de leur poche les dépenses essentielles au roulement de l’organisme. Bientôt, nous fêterons nos cinq ans d’existence et nous réalisons que nous ne pouvons continuer ainsi. Pour pallier à cette situation, nous avons tenté deux approches. 

Première approche : dès la création de la fédération, sachant que nous n’aurions pas accès à un support financier de l’État, nous avons décidé que l’adhésion à la fédération serait gratuite. À l’époque, nous pensions pouvoir compter sur les efforts collectifs des acteurs du sport électronique québécois pour aller conjointement de l’avant. En somme, la force du nombre. Malheureusement, malgré le nombre de membres ayant rejoint la FQSE, peu firent quelque chose de concret.

Seconde approche : réalisant que nous ne pouvions compter sur le nombre, lors d’une assemblée générale, les membres présents ont voté presque à l’unanimité pour l’instauration de frais annuels d’adhésion. L’année suivante, le nombre de membres affiliés (organisations actives principalement dans le secteur public) chuta drastiquement, alors que, à l’inverse, le nombre de membres collectifs (organisation active principalement dans le secteur étudiant) augmenta de manière exponentielle. Créant ainsi un déséquilibre entre les types de membres où les services au secteur public se sont limités aux minimums requis. 


Plan de développement de la pratique sportive

En 2019, la FQSE a émis en plan de développement de la pratique sportive** basé sur quatre ans (2019-2023) dans le cadre de sa demande de reconnaissance** d’être reconnu comme régie sportive. Dans ce plan, plusieurs problématiques furent définies. Voici une partie de ce qui a été fait depuis le début de la fédération.

Manque de structure et de balises à tous les niveaux

Problématique initialement identifiée : 

Contrairement aux sports traditionnels, rappelons que les sports électroniques n’existent que depuis une vingtaine d’années. Par conséquent, ce n’est que récemment qu’un mouvement s’est créé pour encadrer la pratique qui reste encore chaotique. Comme indiqué plus haut, le Québec est parmi les premiers au monde à se doter d’une structure aussi complète et qui commence par le jeune athlète et non directement par la scène professionnelle. Considérant le contexte chaotique du sport électronique, ici comme à l’internationale, la FQSE n’a pas de contrôle sur la majorité des activités du secteur public.

En ce moment, il n’y a pas d’encadrement du sport électronique, n’importe qui peut créer un événement où des jeunes vont jouer 72 heures, jouer sans encadrement, et surconsommer des boissons énergisantes. Ceci est sans oublier les blessures physiques (par ex. tunnel carpien) ou la cyberdépendance liées à une pratique intense et non encadrée du sport électronique. La FQSE aimerait légiférer, mais il n’y a rien que nous pouvons faire, car nous n’avons pas l’autorité pour régir la scène. À l’instar des sports traditionnels, tant qu’il n’y aura pas de réels bénéfices financiers, les grands événements publics ne demanderont pas à être accrédités, donc à suivre les standards de la FQSE. Bien sûr, certaines organisations ont demandé à avoir l’accréditation** de la FQSE, mais il s’agit d’un nombre marginal d’événements.

Manque de formations

Problématique initialement identifiée : 

Par manque de structure, les entraîneurs et les officiels de tous niveaux ont dû s’autoformer. Concrètement, les entraîneurs au niveau de l’excellence sont souvent des joueurs professionnels à la retraite.

Pour contrer cette problématique, nous avons créé une formation de base destinée aux officiel-le-s de l’ancienne Ligue Cyber Espoirs (LCE). Cette formation a été adaptée au fils des saisons pour les besoins spécifiques des ligues de la FQSE (LCE**, LCSE, LSSE) et sera prochainement bonifiée. Toutefois, notre offre de formation n’est pas encore adaptée au contexte d’une compétition autonome, en d’autres mots, hors de la fédération. 

Pour la formation des entraineur-e-s, nous avons intégré certains modules du Programme national de certification des entraîneurs (PNCE) de l’Association canadienne des entraîneurs (ACE) dans notre curriculum, ce qui nous a permis de créer une formation de base, mais elle est loin d’être complète. En somme, à l’exception des entraineur-e-s de notre Ligue collégiale de Sport électronique (LCSE), la FQSE n’a pas les ressources nécessaires pour mettre en place des formations adéquates.

Manque de ressources aux parents et aux intervenants

Problématique initialement identifiée : 

L’initiation se fait généralement à la maison, dans un contexte amical. Malheureusement, il existe très peu de ressources disponibles concernant l’encadrement des jeunes voulant évoluer dans le milieu, et ce autant en français qu’en anglais. De plus, le jeune est souvent laissé à lui-même et risque de développer de mauvaises habitudes de vie.

Cette réalité est encore plus criante dans le contexte de pandémie que nous vivons actuellement. Depuis le début de la FQSE, nous avons collaboré avec de multiples établissements**, tels que le Centre de formation professionnelle (CFP) des Riverains, la Polyvalente de Matane et d’autres établissements, pour analyser les besoins et développer divers outils ** pour le personnel des écoles. Cependant, lorsque la personne bénévole responsable du projet n’avait plus le temps ou lorsque l’employé-e responsable n’était plus en fonction, le projet était abandonné. Considérant la précarité des projets et les ressources humaines en jeu, nous avons dû arrêter ce type de suivi personnalisé. Pour ce qui est de l’encadrement des parents, nous avons connu une situation similaire. En somme, bien que nous ayons accès aux connaissances et aux experts requis, la FQSE n’a pas les moyens de mettre en place des campagnes et des ateliers d’apprentissages à la grandeur du Québec.

Grande variété et durée de vie variable des disciplines

Problématique initialement identifiée : 

En théorie, tout jeu vidéo ayant une scène compétitive et respectant certains critères peut être considéré comme une discipline du sport électronique. Ainsi, le nombre de disciplines est difficilement quantifiable, d’autant plus que chaque jeu vidéo a une durée de vie peu prédictible. De plus, chaque sport électronique a ses particularités. 

Plusieurs approches ont été testées pour faire face à cette réalité. Par exemple, un projet pilote d’un comité spécialisé à Rocket League** (2016-2018), c’est montré non viable sur le long terme sans ressource externe. Il faut comprendre que la charge de travail pour bien développer un seul titre est trop importante pour reposer uniquement sur des bénévoles. De plus, en cas de perte de popularité d’un jeu, l’expertise développée pour ce jeu n’est pas facilement ou nécessairement transférable vers un autre titre. Le comité des clubs étudiants universitaires** (2016) aura permis de trouver plusieurs pistes de solutions, incluant celle d’y aller par niveaux scolaires. Alors que nous avons aidé plusieurs clubs étudiants universitaires** à être reconnu par leur établissement, tel que le Club de Sport Électronique de l’Université de Montréal (2017), c’est principalement au niveau des écoles secondaires et des Cégeps que le sport électronique étudiant s’est développé. 

Puisque les jeux vidéo sont des propriétés intellectuelles de studios, nous avons rapidement ouvert des canaux de discussions** et divers projets** avec différents studios basés à travers le Québec ainsi que leurs regroupements, qui sont maintenant fusionnés : l’Alliance numérique et la Guilde des développeurs de jeux vidéo indépendants du Québec. Cependant, tant que la FQSE n’est pas reconnue comme une instance officielle, il est difficile d’être considéré comme une interlocutrice crédible auprès des diverses compagnies et organisations. 

Internet

Problématique initialement identifiée : 

Internet a permis la démocratisation des sports électroniques. Contrairement à de nombreux sports traditionnels demandant une infrastructure physique, comme un aréna ou un stade, les cyberathlètes n’ont besoin que d’une bonne connexion Internet. Ainsi, même les joueurs éloignés des centres urbains ont l’occasion de compétitionner et de se développer. Cependant, si d’une part Internet favorise les échanges, d’un autre côté il contribue à l’instabilité du milieu. En effet, n’importe qui peut créer une ligue, une équipe ou une organisation en ligne et opérer n’importe où dans le monde. Sur Internet, il est tout aussi facile de créer une équipe que de la dissoudre, ce qui n’encourage pas les joueurs à résoudre les problèmes d’équipe et nuit au développement des athlètes à long terme. De plus, l’anonymat d’Internet crée un faux sentiment de sécurité et certain-e-s sous-estiment la répercussion de leurs gestes et de leurs paroles peuvent avoir sur les autres. Ce qui crée un environnement propice à l’intimidation, aux harcèlements et aux commentaires haineux, s’il n’est pas bien encadré. 

Le bien-être et la sécurité des joueurs et joueuses sont parmi les plus grandes priorités de la FQSE. Pour ce faire, nous avons mis énormément de ressources dans la prévention des problèmes susmentionnés. De nombreuses activités de sensibilisation ont été réalisées depuis notre création : partage d’informations** pertinentes sur nos médias sociaux, conférences dans des événements, création et implémentation de notre code d’éthique** et de notre code de sécurité, consultations bénévoles dans les écoles mettant sur pied des programmes, participation** à des colloques et des conférences, et plus encore.


Demande de reconnaissance

Après avoir dûment rempli tous les critères et les obligations du programme de reconnaissance des fédérations sportives québécoises (PRFSQ), la FQSE fait parvenir au ministère concerné une demande officielle (2019). Malheureusement, la seule réponse que la fédération a obtenue c’est qu’il y avait moratoire sur les nouvelles demandes d‘accréditation et qu’aucune demande ne serait acceptée avant que de nouvelles normes ne soient en place. Avant de déposer une nouvelle demande, une réflexion doit être faite.

Réévaluation

À la lumière de tout ce qui a été décrit précédemment, le conseil d’administration de la Fédération québécoise de sports électroniques (FQSE) aimerait sonder les personnes impliquées à tous les niveaux l’écosystème québécois des compétitions de jeux vidéo, du joueur amateur à l’équipe professionnelle, du studio indépendant au grand studio « triple A », de l’organisateur de ligues de garage aux tournois nationaux, etc.

Sondage public

Une fédération ce n’est pas une entité supérieure ou absolue, une fédération est ces membres. Nous voulons que la FQSE soit à l’image de la communauté québécoise, qu’elle vous représente et défend ce que vous jugez important.

Lien vers le sondage : https://forms.gle/i4Z9iboqHajcYM9o9